Le bassin de la Louessé

 

Le bassin de la Louessé fait partie du département du Niari (situé au sud Ouest de la République du Congo). Sa superficie est approximativent de 6500 km². Il regroupe les localités suivantes :

La population du bassin de la Louessé comprend 41 000 habitants environ et est composée de différentes ethnies : les Nzabi, les pygmées, les kota, les punu, les téké, les kuni, les tsangui et les wunvu.

Mossendjo est la ville principale et joue le rôle de chef lieu de la région.

Cette région porte encore largement les stigmates laissés par les guerres : routes et pistes agricoles dégradées, manque et mauvais état des infrastructures et un personnel insuffisant et en majorité sans formation. En dehors des activités forestières, les activités économiques performantes sont inexistantes.

 

L’analyse thématique du diagnostic du territoire

 

Cette analyse a été élaborée à partir des informations recueillies lors du forum social réalisé à Mossendjo en août 2003, de recherches documentaires, des informations issues des missions successives de LDS sur le terrain et de témoignages des personnes ressources rencontrées. Il faut préciser que les commissions du forum social fournissent des informations essentiellement sur Mossendjo, malgré le fait que les participants de ce forum viennent de tout le bassin.

Comme l’ensemble du pays, le bassin de la Louessé connaît une crise qui compromet le développement économique et social de la région, cette situation étant détaillée pour chaque secteur. Concernant Mossendjo, il faut préciser que cette commune connaît une croissance démographique importante, les études statistiques prévoient une forte croissance pour les prochaines années ; on peut déduire alors que cette situation aura une influence dans tous les secteurs.

 

L’Economie :


           

Par le passé, le bassin de la Louessé a connu un essor économique du fait de la présence de grandes entreprises forestières et du passage de la voie de chemin de fer. La majeure partie de la population vivait de l’exportation de riz, de maïs et de café, source de revenus importants.

L’activité économique du bassin a connu une régression progressive à partir du début des années 1990 avec une forte chute suite aux guerres successives (1993 à 2002). Actuellement, la Mairie de Mossendjo est le principal employeur formel et le commerce de détail est l’unique secteur générateur de revenus pour les jeunes de 20 à 30 ans.

Les grandes entreprises forestières sont parties et ont laissé la place à des Malaisiens qui exploitent la forêt de la Louessé sans aucune considération. La forêt reste une ressource majeure de la région de part la biodiversité qu’elle représente et la présence d’espèces rares et précieuses.
           
Suite à des problèmes de commercialisation, les producteurs locaux ont arrêté de cultiver du maïs, du café et du riz pour se concentrer uniquement sur des productions de subsistance. Cela a entraîné la fermeture de l’usine de décorticage, construite avant la guerre de 1997. Toutefois, les savoirs-faire agricoles sont toujours présents.
           
Aujourd’hui, la population vit d’agriculture de subsistance et d’emploi informel. A titre d’exemple, la commune de Mossendjo ne compte que 139 contribuables sur ses 18 608 habitants) malgré le nombre important de diplômés (nombreuses compétences).

 

Les infrastructures routières :

 

 

Le bassin de la Louessé dispose d’un potentiel de développement important en matière de transport du fait d’une position géographique privilégiée (proximité du Gabon) et de la présence d’une des deux lignes de chemin de fer du pays, construite pour transporter les grumes des exploitations forestières et le manganèse gabonais vers le port de Pointe-Noire.

Cette ligne a en grande partie contribué au développement économique de la région par le passé. Cependant, la société propriétaire de celle-ci, la COMILOG (Compagnie Minière de L’Ogooué) a fermé en 1992, laissant la voie dans un état de délabrement prononcé. Actuellement, cette voie est exploitée par les trains du Chemin de fer Congo Océan (CFCO), et constitue la principale porte de sortie des produits des populations de cette contrée (il faut environ 17h pour effectuer la liaison Pointe-Noire / Mossendjo, longue de 350 kilomètres).

D’autre part, la région a longtemps bénéficié d’un réseau de pistes agricoles réalisées et entretenues par les exploitants forestiers pour permettre l’évacuation des grumes. Suite aux guerres civiles successives, les forestiers sont partis laissant les pistes sans entretien. Les guerres ont également eu pour conséquences le délabrement général des infrastructures de transport, tant aériennes (pistes et aéroport à peine fonctionnels) que fluviales (bac sur la Louessé non fonctionnel).

Tous ces éléments ont entraîné un enclavement important du bassin de la Louessé.

Piste forestière aux alentours de Mossendjo (entre Madouma et Mitélé)
(Image issue du DVD Louessé Diaspora Solidarité)

  

 La Communication :

 

 

Le manque de communication avec l’extérieur ralentit considérablement le développement économique de la région, tant pour l’implantation d’entreprises, le tourisme ou tout simplement l’approvisionnement en marchandises et en matières premières.

Le bassin de la Louessé est totalement dépourvu de réseau postal pour la distribution de courrier et de colis. L’installation récente du téléphone satellitaire (juillet 2005) par CELTEL est le seul élément facilitant réellement l’ouverture sur le reste du pays et le monde.

Actuellement, le bassin de la Louessé est totalement dépourvu de réseau de téléphonie fixe et  de relais de télévision.

La communication interne est assurée par la station de « Radio Louessé » installée par l’association Louessé Diaspora solidarité en juillet 2005. La même association est en cours de  créer un centre multimédia à Mossendjo.

 

L’Electricité : 

 

 

Au début des années 1980, l’électrification du district de Mossendjo était assurée par 2 groupes électrogènes. Le projet de construction d’un barrage à Mourahala n’a jamais été concrétisé et le matériel acheminé sur place a été pillé pendant la guerre.

Début 2002, un groupe électrogène de 210 kilowatts a été offert à la Mairie par le président de la République Denis Sassou Nguesso, mais celui-ci ne fournit de l’électricité que de 18h30 à 22h00 à des coûts exorbitants et ne couvre pas les besoins de toute la ville. Pour la population, cela pose d’énormes problèmes, ne serait-ce que pour stocker de la nourriture, et cela n’incite pas les petits artisans et les entreprises à s’installer à Mossendjo.

La ville possède également un groupe électrogène de 500 kilowatts qui ne fonctionne plus du fait du vol de certaines pièces et des recherches ont été menées pour la construction d’un micro-barrage, mais elles n’ont pas abouti.

En 2006, le gouvernement a engagé une politique de « Municipalisation accélérée» pour améliorer les conditions de vie des populations et alimenter en électricité toutes les localités. Les centres secondaires seront alimentés en groupes électrogènes pour des problèmes de rentabilité (peu de personnes à payer) ; sinon, la tendance est d’alimenter les villages en micro-centrales hydroélectriques.

Le projet initial pour la Louessé était de faire un micro barrage sur le cours d’eau Itsibou à 4 kilomètres. Ce projet a été abandonné car il ne pouvait être réalisé dans les délais (début août 06)  pour être conforme à la décision prise par le Président d’alimenter Mossendjo pour la fête nationale du Congo. L’option a donc été prise d’installer des groupes électrogènes. Dans ce cadre des travaux ont été engagés pour éclairer à terme l’ensemble des quartiers de la ville avec l’acquisition de nouveaux groupes électrogènes.

 

Le projet technique réalisé par la société STHIC

Création d’une centrale de production avec 3 groupes électrogènes de 210 kVa soit en tout 630 kVa pour couvrir les besoins de la ville.  La tension va être montée à 10 Kvolts pour desservir un réseau moyenne tension de 11 kilomètres, qui sera posé cette année.

Huit postes de transformation vont être installés (1 élévateur et 7 pour repasser en 220/380 volts). Pour mémoire : pour un groupe de 210 KVa, il faut 200 litres de gas-oil pour fonctionner 4 heures.

Les groupes devraient fonctionner comme actuellement de 18 heures à 23 heures maximum.

Le réseau actuel va être réhabilité et la société STHIC va créer des extensions en torsadé de 35 à 70 mm2  sur support bois.

Il existe 190 branchements dans la localité et 500 nouveaux branchements en mono sont à réaliser. Les clients paieront un forfait pour 3 kVa.

A la fin des travaux, l’exploitation et la distribution d’énergie seront du ressort de l’exploitant actuel, la SNE. Celle-ci travaille actuellement sur la péréquation tarifaire.

L’ancien projet de micro-centrale

 

Nous avons pu voir l’ancien chantier de micro-centrale hydraulique de 2,5 mégawatts aux chutes de Mourahala. L’étude faite par la SNE en 1996 ne présentait aucun problème technique. Un deuxième module de 2,5 mégawatts devait être ajouté par la suite. L’objectif était de faire une interconnexion avec la République Démocratique du Congo (ex Zaïre).

Quelques habitations pour abriter les employés, une micro-centrale pour alimenter ces logements et une amorce de chemin dans la brousse ont été construites avant que le projet ne soit arrêté pour des problèmes politiques.

Aucune autre localité de la région ne bénéficie d’un éclairage public.

 

L’eau potable :

 

 

Dans les années 1960, la société Degrémont a construit l’usine de traitement d’eau potable de Mossendjo ainsi que le château d’eau. L’eau était gratuite pour les habitants de la ville via les fontaines publiques.

A partir de 1980, 5 quartiers sur les 10 que comptent Mossendjo ont accès à un véritable réseau de distribution individuelle d’eau d’une longueur estimée à 3 kilomètres. Sur ces 5 quartiers, 300 familles avaient souscrit un abonnement auprès de la SNDE (Société Nationale de Distribution d’Eau).
           
Pendant la guerre de 1997, l’usine de traitement d’eau a été pillée, interrompant la distribution d’eau potable. Peu de temps après, le CICR (Comité International de la Croix-Rouge), à l’occasion de sa première visite dans la ville, a réalisé un état des lieux de la situation et a aménagé des sources d’eau. Cependant, aujourd’hui, celles-ci sont insuffisantes pour couvrir les besoins de la totalité de la population (grandissante), notamment pendant la saison sèche où elles se tarissent. De plus, le transport de l’eau a pour conséquence la prolifération de maladies diarrhéiques et de fièvres typhoïdes. En effet, les habitants, ou des jeunes qui vendent leurs services, transportent l’eau dans des bidons, ce qui ne permet pas de conserver cette eau potable.

 


Jeune porteur d'eau à Mossendjo
(Image issue du DVD Louessé Diaspora Solidarité)


Depuis cette époque, les habitants n’ont plus d’eau potable. C’est pour cela que l’association Louessé Diaspora Solidarité a sollicité l’aide d’Aquassistance en vue d’effectuer le diagnostic des installations existantes afin de définir les travaux de réhabilitation du système d’eau potable.

En 2005, la digue et la station de pompage d’eau potable avaient été réhabilitées entièrement par le CICR avec la collaboration de la SNDE. Au cours de la même année, suite à l’intervention de LDS auprès d’Aquassistance, une expertise du système d’eau potable de Mossendjo a été réalisée.

Le réseau de distribution doit être réparé et réhabilité (fuites, branchements, robinets, vannes compteurs,…). Il doit être densifié dans les quartiers actuellement desservies et étendu aux nouveaux quartiers. Ces travaux pourraient être réalisés à l’issue d’un accord de partenariat entre Aquassistance, l’Association Internationale des Maires des Etats Francophones (AIMEF), la SNDE et la Mairie de Mossendjo.

Il y a lieu de retenir que la plupart des localités du bassin de la Louessé possèdent au moins une pompe manuelle construite par le CICR au lendemain de la guerre civile.

 

La Santé :

 

 

L’hôpital de référence de Mossendjo et les centres de santé intégrée de la région sont en proie à une multiplicité de dysfonctionnements qui sont d’une importance telle qu’ils ne peuvent pas offrir des soins et des services de qualité à la population.
 
Dans l’hôpital de Mossendjo, la capacité d’hébergement était de 152 lits en 2001. Le ratio lit/malade était de 390 lits pour 100 000 habitants soit 1 lit pour 256 habitants. La fréquentation moyenne est de 10 malades par jour et de 3 hospitalisations par jour.

Ces ratios révèlent des insuffisances qualificatives, qui sont d’autant plus marqués que les recrutements de la fonction publique ont été suspendus depuis 1985.

Les données collectées montrent qu’il existe une insuffisance voire une absence de personnel formé dans les structures sanitaires. En effet, nombreuses sont celles qui travaillent avec des bénévoles (estimé à 80 % à Mossendjo).
Ces structures sanitaires ne sont pas approvisionnées en médicaments essentiels et ne dispose ni d’eau potable, ni de l’électricité. Le système de santé étant défaillant, la population a recours à la médecine traditionnelle.
 
La carte sanitaire est inexistante sur le bassin de la Louessé, toutefois d’après certaines personnes ressources, les principales causes de morbidité et de mortalité de la région sont : le paludisme, les maladies diarrhéiques, les affections respiratoires et la trypanosomiase. Il y a une recrudescence d’épidémies et le taux de mortalité est élevé.

Cette situation est liée à un manque d’information, d’éducation et de communication, à l’automédication, à la précarité et aux pratiques et comportements à risque.

La population garde également des séquelles des guerres civiles telles que le nombre d’orphelins ou le nombre de femmes victimes de violences sexuelles. En plus de ces séquelles psychologiques et physiques, de nombreuses femmes ont été contaminées par le virus du SIDA.

 

L’Education :

 

 

Pendant les guerres, la scolarité a été interrompue dans la région. Les enfants sont donc restés au moins trois ans sans aller à l’école, ce qui a entraîné un retard scolaire surtout pour les plus jeunes en âge d’être scolarisé.

Il y a un délabrement des structures scolaires qui a pour conséquence une déscolarisation qui conduit dans la plupart des cas à l’oisiveté et à des comportements déviants. La guerre a également occasionné, pour des raisons de sécurité, le déplacement des enseignants qui ne sont pas retournés dans la région aggravant ainsi le déficit en enseignants. A cela s’ajoute le fait que la région soit peu attractive pour les enseignants à cause des conditions de vie précaires. Pour pallier ce manque, des bénévoles assurent l’enseignement (estimés à 60% à Mossendjo), étant donné le bon niveau d’alphabétisation chez les adultes. Ce déficit a parfois nécessité le regroupement d’élèves dans des classes déjà surchargées comme le montre l’état des lieux de la circonscription scolaire de Mossendjo :

Il existe à Mossendjo 9 écoles primaires avec 2769 élèves scolarisés pour 19 enseignants soit 1 enseignant pour 146 élèves.  De même, 729 élèves fréquentent les 2 collèges, pour un total de 8 enseignants, soit 1 enseignant pour 91 élèves. Le collège d’enseignement technique (avec comme filière la mécanique auto, la maçonnerie, la menuiserie et les arts ménagers) compte 48 élèves pour 3 enseignants, soit 1 pour 16 élèves. L’école nationale des eaux et foret compte 128 élèves pour 18 enseignants soit 1 enseignant pour 7 élèves. Les bâtiments du lycée ont été détruits, celui-ci a été installé dans un des collèges, 349 élèves le fréquentent avec 22 enseignants, soit 1 enseignant pour 16 élèves.
Le plan national d’éducation pour tous lancé en 2002, fait mention de dons de matériel dans les écoles de la localité. Le département du Niari a bénéficié d’un don de 374 tables-bancs en 2003, mais cela n’a pas profité au bassin de la Louessé.

Cependant, dans le cadre de la politique de « Municipalisation accélérée » le gouvernement a souhaité réhabiliter tous les établissements scolaires de Mossendjo. Ce travail a débuté en juillet 2006 pour s’achever à la rentrée des classes prochaine (octobre 2006).

 

La Culture, le sport et le tourisme :

 

 

L’absence d’appui financier aux activités culturelles, artistiques et sportives et le manque général d’infrastructures provoquent une disparition de l’identité culturelle et du patrimoine artistique de la région et empêchent le développement des activités sportives.

Par ailleurs, la contrée de la Louessé est pourvue de ressources touristiques importantes comme les cascades de Tsibakala, la chute de Mourahala, les grottes de Mabafi et de Kambala où séjournent souvent certains pygmées. La forêt de la Louessé dispose également d’un potentiel touristique important de par son exceptionnelle biodiversité. Cependant, ces sites sont très méconnus et nullement valorisés et la forêt souffre d’une exploitation inconsidérée, menaçant à long terme sa biodiversité. Les rares hôtels de la région sont relativement médiocres et il n’y a aucun équipement de loisirs.